Soigner son proche : un acte naturelpour un étudiant ou un soignant ?

Dans un premier livre paru en 2018 aux Éditions Seli Arslan, Annick Taquet-Assoignons se penchait sur la thématique du Soignant malade, un sujet rarement abordé. Dans son livre Soigner ses proches, l’auteure s’intéresse à une thématique là aussi peu mise à l’étude et qui concerne cependant les professionnels de la santé depuis leurs études jusqu’à leur retraite : venir en aide à des personnes de sa famille ou de son entourage, prodiguer des conseils ou des soins. Si cette expérience peut être positive, les demandes peuvent aussi susciter de la gêne. Cette pratique courante ne manque donc pas d’interroger les étudiants et professionnels. Comment les soutenir pour prendre leur décision d’aider leur proche, assurer leur positionnement ?

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Extraits

Introduction

« Les étudiants que je rencontre dans le cadre de mon enseignement en IFSI et en IFAS me le relatent chaque année : les sollicitations qui leur sont faites vont du simple conseil à l’orientation vers un spécialiste jusqu’à parfois une prise en charge complète.

Finalement, lorsque ces différents professionnels de la santé (médecins, infirmières, aides-soignantes, etc.) sont diplômés, les membres de leur famille ainsi que leurs amis les interpellent pour les aider à naviguer dans la complexité du système des soins, créant d’emblée des habitudes chez ces jeunes professionnels sans qu’ils aient nécessairement déjà réfléchi à ce sujet.

Il est vrai que le système de santé n’est pas des plus aisés en France en termes de communication. Les informations médicales sont couramment malaisées à comprendre. Dès lors, cela peut être un grand soulagement pour les familles d’avoir quelqu’un de ce milieu qui leur soit accessible et digne de confiance.

Par ailleurs, au moment où le soignant pourrait se positionner pour ou contre cette pratique, le “choix” est en réalité déjà le plus souvent fait. En conséquence, ces professionnels, formés pour soigner, peuvent considérer comme naturel de prendre en charge leur proche malade par amour, par désir d’aider ou d’être disponible ainsi que par commodité voire par devoir. Ils rapportent à ce propos des expériences positives et des bénéfices à soigner leurs proches […].

Mais j’ai également pu constater qu’ils étaient parfois amenés à répondre à ces diverses demandes avec gêne, malaise, inquiétude, contrariété, certains ayant même la sensation d’être pris en otage par la demande d’un proche. Ainsi, la relation de proximité s’avère être un avantage possible, mais peut aussi représenter un inconvénient. »

« Un choix souvent naturel… mais à opérer avec prudence »

« De manière globale, ce sont souvent les avantages à la fois pour les soignants et pour les proches qui poussent les soignants à accepter spontanément de s’occuper de ces derniers. Ce sont alors surtout la bonne connaissance du proche, la relation de confiance établie entre ce dernier et le soignant, la disponibilité du professionnel, tout comme la réévaluation plus aisée et plus régulière qui font que les soignants acceptent ce suivi ou ces interventions.

Certains expliquent aussi leur décision pour des motifs comme le sentiment de fierté et d’utilité qu’ils peuvent ressentir. Ils apprécient rendre service à leurs proches, se sentent utiles et fiers devant cette situation gratifiante. Pour d’autres encore, c’est une évidence, voire un devoir ; cela fait partie intégrante de leur métier, et ils s’occuperont de leurs proches pour les mêmes raisons qu’ils en sont venus à suivre leur formation initiale, soit venir en aide à autrui. […]

S’il n’est pas possible de livrer des recommandations, tant chacun est amené à se déterminer suivant les circonstances, sa relation antérieure avec le proche, ou ses propres expériences dans ce type de relation de soin spécifique, des préconisations peuvent cependant être faites. Celles-ci sont d’autant plus importantes à considérer que le fait de s’occuper d’un proche peut avoir des conséquences majeures sur la relation intrafamiliale, sur le bien-être personnel du soignant, ou encore sur la qualité des soins délivrés.

Quoi qu’il arrive, la décision d’orienter son proche vers un autre professionnel peut régulièrement être la meilleure option à proposer, cette option devant alors être argumentée et expliquée, en vue d’assurer la qualité des soins qui devrait être la priorité en cas d’hésitation. »

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