Angélique Maquart est coutumière des premières fois, puisqu’elle a exercé comme aide-soignante, infirmière diplômé d’État de bloc opératoire (IBODE), puis cadre de santé de proximité et formatrice, avant de devenir docteure en sciences de gestion. Aujourd’hui, elle exerce comme coordonnatrice de la démarche éthique du CHU de Reims et de l’UFR de médecine de l’Université de Reims Champagne-Ardenne. Elle retrace d’ailleurs ce parcours des premières fois dans le texte « Toutes ces fois des premières fois » dans le livre Les premières fois dans l’univers du soin (paru en 2025).
Le 21 novembre 2025, son livre L’éthique managériale des cadres de santé. Comment répondre aux défis organisationnels et humains ? (paru en 2024) a reçu le Trophée de l’enseignement de l’éthique (7eédition) de la Fondation Ostad Elahi.
Pour lui écrire : https ://www.linkedin.com/in/ang%C3%A9lique-maquart-letourneau-10b182a7/
Extraits
L’éthique managériale : une voie possible pour dépasser le new public management
« En tant que cadre de santé, je me suis retrouvée au cœur des difficultés générées par plusieurs décennies de mise en œuvre du new public management (NPM), avec en particulier la dérive que constitue la finalité de la performance et de l’efficience, et non de l’humain dans son ensemble.
L’exemple type de cette dérive est le contrôle exercé sur le taux d’occupation des lits hospitaliers, conduisant à des séjours de plus en plus courts – et, parallèlement, à l’essor de l’ambulatoire –, dans une logique davantage comptable, chiffrée, que soignante. Dans une telle logique gestionnaire, la réflexion n’est absolument pas tournée sur ce qui pourrait être le mieux pour la personne qui, selon son état, une fois rentrée à domicile devra peut-être par la suite être réhospitalisée.
Si la gestion et l’administration de toute organisation de soins sont une nécessité, l’empreinte trop importante du NPM nous a en partie éloignés de la mission première du soin, c’est-à-dire préserver le sens de l’humain, qu’il s’agisse des personnes soignées ou des professionnels, et guider notre agir autour de valeurs communes. Cette forme de management a aussi conduit à la prédominance des impératifs économiques, à la nécessité de se conformer à des normes, des règles, des protocoles, en laissant peu de place aux marges de manœuvre, à la créativité. Un mode de management vertical, pyramidal, qui plus est avant tout soucieux d’efficience et de performance, a aussi été renforcé de cette façon, éloignant la gouvernance des professionnels de terrain et de leurs attentes.
Cette situation interroge aujourd’hui, dans un contexte d’un système largement considéré comme dégradé, et tout particulièrement sur le rôle des cadres de santé. Ces derniers doivent-ils tout accepter au nom de l’efficience et de la performance ? Leur positionnement à l’interface de la gouvernance et des professionnels ne leur permettrait-il pas de mieux faire valoir la logique soignante ? C’est donc la nature même de leur mandat qui est à interroger. »
Le (la) coordonnateur(rice) de la démarche éthique : accompagner de « l’ordinaire » vers « l’extra-ordinaire » des situations
« Dans certains établissements de santé, l’impulsion organisationnelle du développement de la démarche éthique est effective sous la forme de la nomination d’un(e) coordonnateur(rice) de cette démarche. Cette création de poste reflète la volonté des dirigeants de promouvoir le climat éthique au sein de leur structure.
Pour ma part, j’exerce aujourd’hui cette fonction avec des missions multiples, telles que la mise en œuvre de la politique d’éthique de l’établissement, ou la proposition de toute action utile à son déploiement. Parmi les axes de travail prioritaires figure la nécessité d’apporter de l’aide à la réflexion éthique en proximité des professionnels du terrain.
Coordonner la démarche éthique requiert ainsi de côtoyer au plus près les équipes des unités, d’être en proximité des cadres de santé pour pouvoir réfléchir ensemble autour des dilemmes éthiques rencontrés. Il s’agit de faire preuve d’écoute, tout comme de soutenir et d’accompagner les professionnels. Une autre vertu – au sens philosophique du terme – qui m’apparaît essentielle est la tempérance, qui constitue l’une des quatre vertus cardinales héritées de l’Antiquité grecque, avec la prudence, la force (ou le courage) et la justice. La tempérance renvoie en effet à une forme de pondération et de contrôle de soi dans un espace libre de pensée. […]
La coordonnation de la démarche éthique, selon moi, a à voir avec l’ordinaire, en ce sens qu’il s’agit de veiller à fournir aux professionnels plongés dans la routine du quotidien des apports sur le plan de la réflexion éthique, leur permettant justement de sortir de la routine – qui pourrait conduire à la banalisation des situations –, d’aller vers davantage d’“extra-ordinaire” au gré des rencontres. Éveiller à l’extra-ordinaire des situations, c’est s’évertuer à montrer que, dans leur apparence ordinaire pour les professionnels, elles peuvent recéler des dimensions enfouies, qui, sans attention, pourraient rester inaperçues. Guetter l’extra-ordinaire dans l’ordinaire permet d’attribuer du sens dans le quotidien des situations. »
