Les sexualités dans les soins…un tabou, encore ?

Si la question de la sexualité a été abordée une première fois dans le livre collectif Soins et tabous, paru en 2024, cette thématique suscite tant d’interrogations ou de difficultés parmi les professionnels ou étudiants médicaux et paramédicaux qu’il a paru nécessaire d’en approfondir l’analyse avec le livre Soins et sexualités. Dans l’ouvrage Soins et tabous, Sophie Cart-Grandjean, infirmière sexologue, avait pu partager son travail dans une maison des adolescents. Coordinatrice de Soins et sexualités, elle a sollicité des membres de son réseau pour qu’ils partagent leur expérience, notamment ceux qui, comme elle, sont détenteurs d’un diplôme interuniversitaire (DIU) de sexologie.

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Extraits

Préambule (Sophie Cart-Grandjean)

« Que nous le voulions ou non, dans nos métiers de soignants, nous sommes rapidement confrontés au thème de la sexualité. Pour ma part, au premier plan, c’est la question des violences sexuelles qui m’a percutée. La majorité des enfants hospitalisés en psychiatrie dont je m’occupais, du haut de leurs quelques années de vie, avaient été victimes de violences sexuelles dans leur famille naturelle, en famille d’accueil, ou encore dans des foyers d’accueil d’urgence ou des maisons d’enfants à caractère social (MECS). Ils cumulaient parfois le vécu de plusieurs histoires d’agressions. Les enfants pouvaient présenter des comportements sexuels inadaptés, problématiques, certains devenaient violents et pouvaient reproduire des scènes impliquant les parties intimes du corps avec d’autres enfants.

Il est alors aisé de se représenter que de tels vécus ont un impact délétère sur le développement de ces enfants. Tout cela inquiète les professionnels, peut les gêner, les dégoûter, et peut aussi produire des mouvements de rejet, surtout lorsque l’enfant ou l’adolescent est lui-même l’agresseur. En effet, les soignants sont généralement plus à l’aise pour soutenir des victimes, à propos desquelles ils pensent plus volontiers qu’elles ont besoin d’aide et de soins, tandis que les transgresseurs auraient surtout besoin d’un cadre et devraient avant tout être l’objet de sanctions… comme si prendre soin des “agresseurs” pouvait, d’une certaine manière, rendre complice des violences commises. […]

Ce contexte crée un biais cognitif chez les soignants qui considèrent la plupart du temps négativement la sexualité des patients, l’associant à : problèmes à gérer, conduites à risque, grossesse, urgence, infections sexuellement transmissibles (IST), violence, prostitution, responsabilité, etc. Or, dans l’ensemble des services et des situations de soins, la sexualité représente un vrai sujet au quotidien, mais très peu de professionnels sont formés à ce domaine pourtant essentiel de la vie humaine. Dans la formation initiale d’infirmier(ère), de médecin, de psychologue ou de sage-femme, très peu d’heures sont consacrées à ce thème. Cette absence de sensibilisation et de formation fait que, lorsqu’un soignant est confronté à une situation à laquelle il n’a pas été préparé, il risque d’être mal à l’aise, par peur d’érotiser la relation, de se mêler de ce qui ne le regarde pas, ou bien en raison d’un sentiment d’incompétence ou de manque de légitimité. De plus, il ne trouve personne à proximité avec qui oser partager ses questionnements, dans un contexte de surcharge de travail. Des stratégies d’évitement se mettent donc le plus souvent en place, devenant la réponse par défaut. Ainsi, de façon défensive, le tabou autour du domaine de la sexualité est entretenu et persiste. Sous couvert du respect de l’intimité de la personne, de délicatesse, ou encore pour ne pas se montrer intrusif, le sujet est rarement abordé directement avec les patients. »

Avant-propos (Seli Arslan)

« La sexualité individuelle relève de l’intime. Si elle n’est pas forcément au centre d’une consultation médicale ou d’un entretien avec un soignant, elle peut venir au-devant de la scène, sous forme de questionnements courants d’adolescents ou d’adultes, ou parfois d’une révélation de violences sexuelles subies. Face à ces situations, nombre de soignants peuvent se sentir démunis, éprouver un malaise pour formuler des réponses, accueillir ce qui leur est dit ou proposer une écoute de qualité.

Il est vrai que les enseignements autour de ce thème demeurent pauvres en formation initiale aux différents métiers de la santé, quelques heures seulement étant consacrées au vaste champ des sexualités humaines. S’il existe des spécialisations, en particulier en sexologie, il importe que tout professionnel dispose de connaissances, d’outils et de repères pour ne pas se sentir démuni, ainsi que pour tenter de proposer un accompagnement de premier recours sous forme d’une écoute attentive. Un autre aspect majeur est d’être informé de l’existence de professionnels formés et de dispositifs dédiés pour répondre de manière adaptée aux difficultés et questions des patients. C’est ce qui peut permettre d’oser interroger une personne sur une quelconque difficulté, avec le filet de sécurité de pouvoir ensuite l’adresser à ces professionnels. L’objectif de ce livre est de fournir de tels repères en vue d’aider les soignants à soutenir les patients qui font part de leur vécu autour de la sexualité, domaine dont les enjeux relèvent d’un accompagnement professionnel, humain et éthique, mais aussi de la qualité de la formation initiale et continue.

Au travers d’articles et d’entretiens, les auteurs et personnes interrogées étudient la place des soins en matière de sexualités humaines ainsi que les défis éthiques, personnels et institutionnels à relever lorsque ce thème sort du non-dit, de l’implicite, du tabou. Ils partagent la manière dont celui-ci a pu interroger leur fonction, leur posture et l’évolution de leurs pratiques pour traverser le seuil de la gêne ou les obstacles aux soins, grâce aux rencontres de patients, ou à des formations. »

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