La parole aux sexologues – comment mieux prendre soindes questions en lien avec la sexualité ?

Dans le livre Soins et sexualités, composé d’articles et d’entretiens, un certain nombre des auteurs et des personnes interrogées exercent une fonction dans le domaine de la santé (infirmières, sage-femme, psychologues, médecin), mais leur pratique quotidienne les a conduits à se former en sexologie pour mieux répondre aux questions des patients, qui pouvaient jusque-là les gêner, les mettre mal à l’aise, faute de formation suffisante, faute aussi de réseaux de professionnels vers qui adresser leurs patients.

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Extraits

Olivia Benhamou (psychologue clinicienne, psychothérapeute, thérapeute familiale et de couple, et sexologue)

« • Comment définissez-vous la santé sexuelle ? C’est la santé, mais qui n’exclut pas la dimension sexuelle. C’est un sujet ni plus grave, ni moins important que tous les autres. La sexualité est essentielle dans la vie. Ce sont toutes les tentatives faites pour effacer la sexualité, la réprimer, la minorer, l’exclure, etc. qui sont génératrices de troubles, de douleurs, de souffrances, de frustrations, de colères et de maladies.

• Et toutes ces tentatives, c’est la société… ? C’est la société, c’est la famille, la culture dans laquelle on grandit, la religion, l’obsession de la norme. C’est aussi la pornographie. Il y a un grand écart en permanence entre ce qu’on voit – avec une saturation d’images sexualisées à outrance – et une faiblesse absolue du discours adulte, professionnel, un discours qui soit construit, rassurant, contenant, dédramatisant, avec des réponses simples à des questions simples.

[…]

• Comment, selon vous, améliorer le soin, l’accompagnement en lien avec les sexualités ? Je milite pour que, partout où il existe une offre de soins pluridisciplinaire et en médecine préventive, il y ait aussi un sexologue. Mais il est important que ces personnes soient vraiment formées. La sexologie, c’est 3 ans de formation à l’université ; ce n’est pas juste un stage de tantra en Ardèche. Comme le titre n’est pas protégé, beaucoup de personnes non réellement formées s’arrogent ce titre sans légitimité. Il y a un vrai engouement pour ce métier depuis quelques années, mais cela attire des gens qui n’ont pas de formation soignante préalable. Cela peut être très dangereux. J’encourage toutes les personnes qui souhaitent consulter en sexologie à demander au praticien qu’elles consultent quelles formations il a suivies. Sinon, je conseille de consulter l’annuaire de l’AIUS ou Association interdisciplinaire post-universitaire de sexologie, qui répertorie les professionnels diplômés du DIU, dans toute la France. »

Stéphane Bounan (gynécologue-obstétricien, chirurgien, sexologue, chef du service de gynécologie-obstétrique en maternité et chef de Pôle)

« • Vous vous êtes formé en sexologie. Que pensiez-vous que cela allait vous apporter avant de vous inscrire au diplôme interuniversitaire (DIU) ? Petit à petit, j’ai commencé à proposer des réponses et des exercices aux patientes dont la plainte était principalement sexuelle. Mais je n’étais pas très à l’aise parce que la sexologie n’est pas enseignée dans le tronc commun des études de médecine et je ne me sentais pas légitime. Pourtant, au fur et à mesure des rencontres avec ces centaines de patientes, je voyais bien que je pouvais leur apporter quelque chose. Il m’a semblé indispensable d’obtenir le diplôme pour être légitime dans la prise en charge sexologique de ces patientes. La formation m’a permis d’apprendre une base théorique très solide. Elle dure 3 ans, avec deux mémoires à rédiger, trois examens, dont un national avec des notes éliminatoires. C’est du sérieux. J’étais un des plus vieux de la promotion. J’étais déjà chef de service, avec des responsabilités et une activité clinique importante […]. C’était donc un grand investissement, avec un travail personnel gigantesque. J’avais l’impression de passer mon bac ; il fallait que je réussisse mes examens. Des psychologues, des infirmières, des médecins, des sages-femmes se forment en sexologie, donc des professionnels qui n’ont pas le même tronc commun. Quand il y avait un cours sur les organes génitaux féminins, par exemple, j’aurais pu moi-même le donner. En revanche, quand il était question de technique psychothérapeutique, c’était une découverte totale pour moi. Dès que je rentrais à la maison, j’avais envie d’ouvrir des livres, de regarder sur Internet. Je multipliais les sources pour essayer de me mettre à niveau.

[…]

• Comment, selon vous, améliorer le soin, l’accompagnement en lien avec les sexualités ? Il faut démocratiser la sexologie, l’enseigner davantage dans les formations initiales des médecins, des sages-femmes, des infirmières pour dépister. Il s’agit d’apprendre aux professionnels à poser la question, quand on fait un bilan de santé, quand on va voir son généraliste : “Et la sexualité, ça se passe comment ? Avez-vous des problèmes en lien avec votre sexualité, des difficultés, des préoccupations ?”. Si la personne répond “oui”, il faut l’orienter vers un sexologue qui serait remboursé par la Sécurité sociale, comme on va voir l’orthopédiste ou le neurologue. […] le sexologue tout-venant avec qui on prendrait un rendez-vous à l’hôpital, cela n’existe pas. […] Il faudrait que la santé sexuelle se développe, et pas uniquement dans les CeGIDD ou dans les services de VIH. Il faudrait que tous les services de gynécologie, par exemple, aient deux ou trois consultants formés en sexologie et qui aient des consultations tout-venant. »

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